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Documentaire

  Livre

 

Karin Hann

Marcel Pagnol, un autre regard

Jusqu'à présent, Karin Hann nous avait habitués à des romans historiques où personnages réels et fictifs étaient agréablement mêlés. Ils furent récemment commentés ici. Cette fois, l'auteure change de registre...

Elle nous entraîne cette fois dans le sillage de Marcel Pagnol. Voilà une étude qui permet de mieux comprendre l'auteur et son oeuvre. Il ne suffira plus de se laisser porter par le récit, Karin Hann se fait pédagogue, alors soyons bon élève !

Elle situe tout d'abord Marcel Pagnol au milieu de ses illustres pairs que sont Lamartine, Hugo, Giraudoux et l'autre Marcel... Proust. Elle établit une correspondance forte entre l'auteur de A la recherche du temps perdu et celui des Souvenirs d'enfance. Faire revivre le passé et ceux que Marcel a aimés tels sa mère Augustine, son père Joseph, son petit frère Paul ou Lili des Bellons, guide naturaliste des collines. Karin Hann visite ensuite tous les thèmes qui charpentent l'oeuvre de Marcel Pagnol. Ils ne tiennent pas du hasard car chacun trouve peu ou prou son origine dans la vie même de l'auteur. Les filles-mères, les amours compliquées et les personnages masculins hauts en couleur, les "chères collines", les sources détournées et les bartavelles vantardes côté nature. Elle les théorise avec précision. Le ciment de tout cela s'appelle le style, incomparable, imagé, adouci par la pudeur qui dit tout sans en parler. Et pour tenir la mosaïque, les procédés de style, la métaphore filée qui transporte, la métonymie qui englobe et l'hypallage chère à Virgile et tout cela au service de l'émotion, toujours !

Marcel Pagnol semble nous dire : "vous avez vu mon oeuvre, elle prend sa source (encore elle) dans l'enfance. Tout ce que j'ai raconté par situations interposées, le voici par le récit de mes Souvenirs d'enfance. Mes oeuvres n'en sont que l'évocation pudique et détournée". Tout est là. "l'homme qui écrit se console"... de ses "inoubliables chagrins". Et pour rappeler cette autre référence : "lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer".

Il faut alors sortir de la lecture convaincu, s'il le fallait, que Marcel Pagnol devrait entrer définitivement au Panthéon des grands auteurs français. Parfois, on le dit "régionaliste" mais ce n'est pas parce que les personnages parlent souvent "avé l'assent" qu'ils ne tiennent pas des propos universels. On ne pourra plus considérer Pagnol de la même façon.

Souvent, tout en lisant, il nous a pris le désir de donner notre avis, de nous souvenir d'une impression retenue lors des premières lectures et de retourner dans les textes ou les films. Mérite soit rendu à Karin Hann de nous avoir permis cette lecture participative. N'est-elle pas déjà membre du jury du prix Marcel Pagnol ? N'a-t-elle pas, dit-on, une "prédilection manifeste" pour les auteurs du XIXème ? Alors, à quand le prochain livre ?

Alain Dagnez

Publié le: Vendredi, 11 Avril 2014