Comme une mère sans ailes...

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Roman

  Livre

 

Ariane Bois

Sans oublier

Le livre vous prend à la gorge, tout de suite, aux premiers mots, comme un loup qui ne lâche pas sa proie. La maman de la narratrice est allée en reportage en Sibérie. Elle perd la vie dans l'écrasement d'un hélicoptère. La nouvelle en pleine figure ! La sienne, la nôtre !

Sa mère n'est plus, pour toujours. Les pages défilent, émouvantes, angoissantes, déchirantes. On mélange vie quotidienne, humour noir et réalisme. La vie autour continue bêtement. Vide, trou noir, les Bermudes en triangle. Les souvenirs surgissent, le pain perdu d'antan, les grandes causes des parents, tout revient. Elle n'est plus là. Le passé remonte comme une mauvaise digestion. Peine perdue elle aussi, la pente ne se remonte plus, tout fout le camp, l'Homme ainsi nommé, les enfants, le père en errance, la belle famille. Ne reste que le chagrin, lourd, collant, poisseux. Elle a beau faire des efforts, rien n'y fait. Sa vie part en vrille.

Alors, après une dispute avec l'Homme à propos de la voiture, elle part comme ça, sans savoir où. Sans savoir que le hasard parfois nous joue des tours au point d'inventer un amant de passage juste pour vous envoyer dans les bras de Jeanne. La rencontre révèle à cette femme sans nom que sa mère était venue, enfant, dans ce village des "Justes" pendant la guerre pour échapper à l'horreur Nazie à Chambon sur Lignon, qui sonne comme un Grand Cru Classé. Pourquoi n'avait-elle rien dit à ses enfants ? On a peine à y croire. Puis lentement , en cette belle compagnie, comme une potion à laquelle on s'habitue, tout se calme. Les idées rejoignent leurs cases. La douleur trouve sa place. La famille est désirée à nouveau.

Le texte est accaparant grâce à cette langue imagée, alerte, acérée comme une lame, à ces trouvailles de narration que l'on comprend parce qu'elles parlent notre langue, en mieux. Peut-on narrer un telle douleur sans l'avoir auparavant ressentie ? On en doute.

Alain Dagnez

Publié le: Mercredi, 07 Mai 2014