Devoir de mémoire...

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Roman

  Livre

 

Ariane Bois

Le monde d'Hannah

  

Ariane Bois nous avait habitués à raconter des histoires douloureuses comme si c'étaient les siennes. Ce roman-ci est parfois insupportable... Comment a-t-on pu laisser des gens simples devenir les proies du nazisme, du laisser-faire collectif et du "on ne savait pas" ?

Ce n'est pas de l'Histoire mais simplement l'histoire de braves gens persécutés ou immolés sur l'autel d'une idéologie perverse parce qu'ils étaient juifs, simplement.
Hannah, fille de Haïm Behar, couturier et de Cécile Levinescu, habite Paris, quartier du "Petit Istanbul", XIème arrondissement, havre de paix pour les juifs-espagnols venus d'Orient.
A l'école, elle produit beaucoup d'efforts pour se rapprocher de Suzon, une rousse charismatique, libre de tout avec tous. Elle deviennent amies et leur amitié grandit. Elles se reçoivent, l'une extravertie et l'autre intériorisée, comme la paume et le revers d'une même main.
Nous sommes à l'orée de la seconde guerre mondiale. Progressivement, les lois obligent à se protéger. Hannah doit donc fuir, elle se réfugie alors chez les soeurs à Fontenay.
Elle est de retour à Paris mais il faut fuir encore et s'éloigner davantage. La voilà partie avec sa mère à Istanbul en tant que citoyenne turque. Haïm reste là, à Paris, Dieu seul sait pourquoi.
Hannah découvre sa famille d'origine, son oncle Dani, la ville, la nourriture et les moeurs parfumées, et une autre amie, Jeannette.
La guerre s'achève, on peut rentrer et découvrir que Haïm adoré et les grands-parents bien aimés sont partis vers la destination dont on ne revient pas. Tristesse insondable, abattement absolu, révolte irréversible.
Hannah doit continuer à vivre, à étudier. Elle devient journaliste à France-Soir, découvre l'amour et la tromperie et surtout, la rue Geoffroy l'Asnier. Là, elle apprend que la déportation organisée s'est faite avec l'aide appliquée de ceux dont elle se croyait proche. Au malheur s'ajoute la déception cruelle. Algarade et fâcherie.
L'amitié avec Suzon saura-t-elle passer l'épreuve ?


Il souffle sur ce roman un air yiddish de nostalgie irrévocable. C'est doux et triste, comme chaque fois, semble-t-il, avec Ariane Bois.
Voilà un roman d'utilité publique car il répond à tous ceux qui pensent que la connaissance de l'Histoire est inutile et qui confondent retenir les dates et éviter que le pire ne se reproduise. Les souvenirs, les récits et les rappels doivent être comme des pense-bêtes irréductibles.

Alain Dagnez

Publié le: Jeudi, 20 Novembre 2014