Etoile filante

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer
AddThis Social Bookmark Button

Bande dessinée

  Livre

 

Jean-Michel Dupont, Mezzo

Love in vain 

« - Honte à toi, païen, sais-tu que tu joues la musique de Satan ?
   - Bien sûr, Révérend, c’est lui qui me l’a enseignée…»

Figure mythique du blues, le guitariste et chanteur Robert Johnson a lui-même bâti sa légende : il aurait pactisé avec le diable – lors d’une nuit d’errance et à un carrefour près de Clarksdale, Mississippi -, lequel diable consentant à lui apporter inspiration et virtuosité.

En réalité, l’affront qu’un jour lui fit Son House, gloire locale du blues (« tu ne sais pas jouer de la guitare, tu fais fuir les gens »), fut tel que l’acharnement avec lequel il travailla son instrument et sa voix le firent progresser et le propulsèrent bien au-delà de ce qu’il pensait pouvoir attendre de lui-même.
Ses chansons, son style, marquèrent à vie des stars du rock comme Clapton et Hendrix, Dylan et les Stones. Et s’il ne devait son génie qu’à lui-même, l’époque, les circonstances et sa personnalité unique le poussèrent à se poser en une sorte d’impie, certes extrêmement doué pour la musique, mais en permanence confronté à l’ostracisme de la communauté noire du Mississippi, pour une grande partie très religieuse.
Par la force des choses, la vie de Johnson, à la fois chaotique et sulfureuse, ne pouvait qu’inspirer J.-M. Dupont et Mezzo, les auteurs de ce biopic dessiné…
Petit-fils d’esclave, né de ramasseurs de coton (ou pickers) on ne peut plus exploités, Robert est un enfant dont le père a tôt déserté le foyer familial. Ballotté de ville en ville et de beau-père en beau-père - aucun ne lui témoignera jamais la moindre affection - il se hâte de trouver femme, laquelle, au bout d’un an de mariage, meurt en couches. Elle avait seize ans et lui dix-neuf. Ce drame le pousse à partir à la recherche de son géniteur, mais comme il faut bien vivre et qu’il ne se voit pas un destin de picker, il se produit avec sa guitare et son harmonica là où on veut bien l’écouter, c’est-à-dire dans des bouges infâmes ou des tavernes miteuses. Il est irrémédiablement attiré par les femmes, devient alcoolique et succombe à la passion du jeu. Puis sa fierté le pousse à se faire à nouveau entendre par Son House : celui-ci est cette fois pétrifié par le talent de Johnson, qui d’ailleurs réussit depuis peu à se produire dans les clubs de la Nouvelle-Orléans, berceau du blues. Un producteur blanc le remarque et lui fait enregistrer plusieurs disques. Il monte à Chicago, autre grand lieu du blues, où la vie est un peu plus facile, la ségrégation et le racisme moins intolérables. Pourtant, le Mississipi, sa terre natale, finit par le rappeler à lui. Sa déchéance sera rapide : il meurt à vingt-sept ans, empoisonné par le patron du bar où il vient de jouer, et dont il vient de séduire l’épouse.
Cette bande dessinée est davantage que la splendide évocation d’un destin hors-norme : elle raconte aussi la souffrance d’une communauté noire sans cesse piétinée mais qui n’en finit jamais de se relever. À l’image de R. Johnson, celui-ci à sa manière et le temps de quelques années.
Son graphisme unique et assez impressionnant, ses dialogues brillants et son atmosphère envoûtante ont, l’année dernière, fait de Love in vain l’une des grandes réussites de la BD. Son élégant format à l’italienne et sa présentation particulièrement soignée ne pourront que contribuer à sa mise en avant.
À noter que ce titre fait partie de la sélection officielle du prochain Festival international de la bande dessinée (Angoulême, 29 janvier- 1er février 2015).

 

Une petite visite en images de l'album...

JavaScript est désactivé!
Pour afficher ce contenu, vous devez utiliser un navigateur compatible avec JavaScript.

Pour prolonger votre lecture :

  CD

Publié le: Vendredi, 23 Janvier 2015