Une vie à damner un saint...

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Roman

  Livre

 

Louis Bériot

Saint-Louis, l'aigle aux yeux de colombe

Les récits historiques, par leur taille, sont souvent des sommes. Celui-ci ne déroge pas à la règle avec ses 640 pages... Bon appétit !

On ne peut résumer le règne d'un tel roi en un format réduit de roman de gare mais cette forme est-elle encore appropriée à la lecture de notre époque ? Surtout que les récits sont peu passionnants. N'est pas ken Follett qui veut... Pourtant, on y apprend bien des choses...

Louis IX, Louis de Poissy, dit Saint louis, est petit fils de Philippe Auguste, fils de Louis VIII "le Lion" et de Blanche de Castille, petite fille d'Aliénor d'Aquitaine. Il est proche de son grand-père, peu de son père, toujours en guerre où il meurt assez vite. La célèbre Blanche de Castille devient régente. Puis Louis IX accède au trône, sous le contrôle strict et religieux de sa mère. Il épouse Marguerite de Provence, qui n'a pas l'honneur de plaire à sa belle-mère, comme dans toute bonne histoire de famille. Ah, les belles-mères !

Louis est décrit comme un roi bâtisseur de cathédrales, en témoignent les élévations de Soissons, Beauvais, Rouen et Chartres. Un roi négociateur au cours de la grève des étudiants. Un roi médiateur entre Frédéric, empereur et le pape. Un roi guerrier contre le même Frédéric, contre Henri d'Angleterre, qui devient son beau-frère. La guerre fait office de ministère des Affaires Etrangères et les mariages celui des Affaires Matrimoniales.

Il est surtout un roi croisé ! Il part avec son armée qui sera décimée, avec son frère qui y laissera la vie. Le pape a donné sa bénédiction mais c'est un échec complet. Il est roulé dans la farine par les émirs de la région. Il rentre au pays car sa mère est morte. La chagrin le conduit à encore plus de religiosité. Il semble désabusé par cette vie où la guerre l'a disputé à la religion. Que l'Eglise l'ait fait Saint, c'était la moindre des choses car sa croisade a coûté cher aux deniers publics, en vies humaines et cependant moins aux religieux. On comprend également que les papes successifs aient eu intérêt à honorer ce roi si soucieux des intérêts de ces derniers. A la fin de sa vie, il se désintéresse de Marguerite, porte le silice, ne s'arrête plus de prier en se flagellant. Son épouse tente sans succès, de le raisonner. Organiser une dernière croisade dans des conditions de santé fragile n'est pas une sinécure. Il part pourtant pour ne plus revenir et meurt à Tunis en 1270.

A lire ce livre dont on ne sait si les dialogues sont inventés puisqu'aucune note de bas de page ne nous informe sur leur véracité, on se demande si la véritable sainte n'a pas été Marguerite, décrite comme aimante, sage, pleine de bon sens et soucieuse du bien du royaume et de ses enfants. Distribuer les comtés à des proches, marier l'une ou l'autre à quelqu'un qui agrandira la carte du Royaume ou veillera à ses intérêts est l'apanage des rois.

Enfin, Saint Louis a fait porter aux Juifs - histoire de leur rappeler Judas - une rouelle sur leurs vêtements pour les distinguer du reste de la population et fait la guerre à l'Islam. Curieux pour un tel saint, assis sagement sous son chêne ! Encore un bégaiement de l'Histoire, maladie chronique des toutes les époques.

Alain Dagnez. 

Publié le: Lundi, 09 Février 2015