"Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre!" Evangile de Saint Jean, chapitre 8

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Roman

  Livre

Saphia Azzeddine

Bilqiss

 

Ce livre, vous le prenez en pleine face, aux premières lignes, comme un projectile. Cette auteure vous transporte à mille milles de vos petites certitudes enracinées, de vos vacances au soleil et de votre confort habituel... Vous avez honte d'être à l'aise ?

Car, quelque part dans les pays où il se passe des choses dont on parle à la télé, comme une litanie régulière, où la vie de l'homme ou de la femme vaut "peanuts", une jeune femme, Bilqiss est sur la sellette.

Saphia Azzédine est, par ses origines, tout à fait accréditée pour relater une histoire sur les moeurs et les pratiques de meurtres en série, habillés en éducation des foules. Elle en fait un livre qui réveille.

Bilqiss, un beau matin, Ô sacrilège, s'est mise à psalmodier le "Hadhan", à la place du muezzin en abus de boisson. Elle sera jugée et conséquence inéluctable, sera condamnée à mourir à pierres que veux-tu, comme il se doit. Le juge, au service de ceux qui l'ont installé, ne verrait aucune difficulté à livrer cette sentence mortifère, sauf que, faiblesse de l'âme masculine, il tombe éperdument amoureux de la belle Bilqiss, ce qui n'est pas prévu dans son code, alors, il tarde. D'un autre côté, une journaliste américaine, Léandra Hershan, qui nous représente nous et nos valeurs que l'on croit universelles, se rend sur place - "c'est un bon sujet, Coco!" - pour faire l'envoyée spéciale de ce procès que le monde entier va se mettre à observer comme un emblème de la barbarie. Ce n'est pas si simple ! Bilqiss renvoie le juge à ses contradictions et la journaliste à ses préjugés, ses tics, son voyeurisme. Elle leur fait la morale, elle à qui l'on reproche de ne pas avoir celle qu'il faut. La violence est, elle, partout, dans les mots et dans les attitudes, dans le style, même ceux de l'héroïne qui n'est pas le doux mouton sacrificiel. Elle se rebiffe, se débat. Tout autour, la violence silencieuse, haineuse et rampante : elle est aussi dans les interprétations que donnent les barbus au texte sacré.

Ce roman est un hymne à toutes les femmes, celles qu'on lapide et celles que l'on abuse. C'est un chant à la liberté et à l'égalité absolue des sexes. Vous arrivez à la scène finale, exténué. Bilqiss est dans le trou, les pierres vont pleuvoir et le juge les a bien calibrées. Elle attend sa mort en regrettant tout ce qu'elle ne pourra plus vivre, belle martyre de sa cause, image christique musulmane. A la fin, on a la langue aride et le coeur en larmes.

Alain Dagnez.

 

Et pour en découvrir un petit peu plus, voici un entretien avec l'auteure...

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Publié le: Mardi, 25 Août 2015