« La finitude de toute chose, on ne s’y fait jamais.» Alice Ferney.

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Roman

  Livre

Roger Cavalié

Le vieux cartable

Voilà un roman, en est-il vraiment un ?, qui sent bon le « c'était mieux avant », à une époque où la promotion sociale existait. Un jeune enfant, Julien, espère devenir instituteur, revêtir l'habit de hussard noir de la République, répandre l'Instruction, comme un aboutissement de la méritocratie ordinaire...

Son parcours initiatique commence. Le récit est écrit dans une langue remarquable, belle à entendre. Les phrases sonnent, résonnent, se terminent musicalement comme autant d'alexandrins en prose. L'auteur, ancien inspecteur de l'Education Nationale, s'applique à exercer tout son talent et n'est pas avare de vocabulaire riche en images et de constructions grammaticales impeccables. Mais progressivement, au fur et à mesure des chapitres, l'auteur se met à croire que l'essentiel de ses souvenirs ne tiennent pas dans la rectitude des styles mais dans l'humanité des personnages, seule capable de transcrire la réalité et à retenir le lecteur. D'épisode en épisode, les personnages s'épaississent et deviennent des humains, attachants, faits de chair et d'os, d'idéal et de contradictions. Et la magie opère. Voici Léon, ami et confident fiable toujours enfin peut-être, Juliette, la voisine trop belle et trop lointaine pour que Julien ose la courtiser et Jeanne, alter ego de la paysannerie, premier amour sincère et réciproque. Mais il y a surtout les parents de Julien, des fermiers aux origines étrangères, courageux, travailleurs et aimants qui, même s'ils ne le félicitent pas beaucoup, ont pour seule ambition de sortir leur fils de la condition paysanne. L'enfant hésite à délaisser ce monde d'où il vient et finit, à la suite d'un chemin de Damas personnel, par se lancer définitivement à la recherche du graal de l'Instruction Publique.

Roger Cavalié ajoute à ce tableau une série de portraits qui vont de la logeuse aux pas lourds, à Denise qui n'étanche pas sa soif, le voisin trépané, les grands-parents, le grand Julien, le garçon de ferme... La ville d'Agen et le domaine de Laguillemie servent de décor.

La nostalgie positive a envahi l'auteur et elle nous saisit aussi au point que l'on finit par penser que décidément, c'était peut-être mieux avant. Mais que fait Jeanne à la dernière ligne ? Serait-ce la promesse d'une suite ?

 

Alain Dagnez 

Publié le: Vendredi, 05 Février 2016