Quand Julien devient Chimène...

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Roman

  Livre

Roger Cavalié

Julien l'insoumis

Dans Le vieux cartable, nous avions laissé Julien, prétendant à l'entrée à l'Ecole Normale, dans l'attente de ses résultats positifs en ce qui le concernait et Jeanne avait tenu à paraître à ses côtés pour lui démontrer son attachement irrévocable. Dans ce nouvel ouvrage, leur idylle se poursuit gentiment malgré l'opposition des deux familles...

Jeanne aime julien qui aime Jeanne : c'est simple. Mais La vie et la littérature ne font bon ménage avec les scénarios bien ficelés, définitifs, au sirop de sucre. Au sein de L'EN, un ange passe, Agnès, aux yeux verts irrésistibles. Elle aguiche le héros qui ne résiste pas bien longtemps. Elle flatte son ego, surtout qu'elle est réputée pour produire le même effet sur les congénères de l'amoureux. Et oui, la concurrence est rude ! Sans doute le sait-elle et en use-t-elle.

S'ensuit une période de trouble affectif car Julien n'aime plus tant Jeanne. Il est pris dans un de ces dilemmes cornéliens dont on ne sort pas indemne. Comment dire, d'un côté, à Jeanne qu'il « ne la hait point » mais que tout est fini sans lui faire de chagrin et comment, de l'autre, conserver Agnès qui fait de cette séparation la condition sine qua non à sa conquête ? La traîtresse ! A cela s'ajoute la difficulté à s'incorporer à l'Ecole Normale sans passer sous les Fourches Caudines des anciens qui pratiquent le bizutage à grande échelle, à coups de lits en cathédrale et de cirage mal placé. Julien veut montrer qu'il est à la hauteur du titre. Il se révolte contre les anciens, contre l'autorité de l'établissement et contre l'Etat, prenant parti contre les tortures mises en oeuvre en Algérie dans cette guerre qui ne dit pas son nom. Il découvre le courage de ceux qui proclament : « Armons-nous et partez ! » puis s'adonnent à la lâcheté.

Dans ce roman de formation, il est beaucoup question des relations humaines sociales et privées et l'auteur fait peu mention de l'apport de l'EN en connaissances universitaires, psychologiques et pédagogiques. Comme si Roger Cavalié n'accordait qu'une importance toute relative au regard de la construction personnelle d'un jeune en devenir d'être adulte. Il en est tellement convaincu que le langage se libère, que les dialogues prennent le dessus sur les descriptions et que le récit gagne en vie.

L'auteur crée le suspense et l'attachement aux personnages et notre âme de midinette se demande comment cela va bien pouvoir finir en happy end. Et Jeanne dans tout ça, l'amoureuse inconditionnelle, la tendre, la promise ? Serait-il possible qu'on la revoie dans un prochain volume ? Julien n'a pas fini d'être instituteur !

Alain Dagnez 

Publié le: Lundi, 29 Février 2016