Charlemagne et Ghisla, frère et soeur du même lit

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer
AddThis Social Bookmark Button

Roman

Moi, Ghisla, sœur de charlemagne
Anne-Marie Lapouge
Albin michel

Voilà une histoire fort étonnante. On connait Charlemagne, « ce fils de Pépin le Bref », que chantait France Gall. On connaît Berthe, dite « aux grands pieds », la mère de Carolus Magnus. Dans ce roman, elle porte le nom de Bertrade. On ne parle pas de ses petons. Naturellement, on ne peut manquer d'évoquer Roland et son olifan et Ganelon, le traître.

Ici, toute la légende est mise à mal. Une autre est proposée.

Si Bertrade - ou Berthe - s'imagine facilement autoritaire et comploteuse; après tout, on ne peut être mère d'un empereur sans y mettre un peu de son entregent. C'est elle qui explique à sa fille que la souveraineté ne se fait que par le ventre des femmes puisque d'elles seulement on est sûr.

Si Charlemagne est bien ce grand roi, conquérant, qui n'hésite pas à faire la guerre à tous ceux qui s'opposent à lui, même s'il s'agit de son frère; voyageant du Nord au Sud pour unifier et dominer ce royaume.

Laure-Marie Lapouge nous entraîne dans une histoire inouïe. A savoir les amours incestueuses du grand empereur et de sa sœur, Ghisla ou Gisèle. Et productifs avec cela puisque des enfants naîtront de cette union cachée mais moins rare qu'on ne le pense à ces époques, explique, par ailleurs, Laure-Marie Lapouge.

Mais c'est raconté de façon si naturelle et leur passion est si forte qu'on finit pas y croire. Le roi, de son côté, a une succession d'épouses plus ou moins aimées à qui il fait une descendance. Mais c'est à sa sœur qu'il réserve ses nuits les plus intimes; c'est avec elle qu'il partage ses tourments de chef d'état: elle est sa confidente.

Le plus inouï - entendez bien – c'est cet enfant, Roland, qui, au retour d'un épisode espagnol s'en va à l'arrière garde de l'armée pour mourir dans les conditions dont nous parle la légende, cor à la main, en compagnie de celui qu'il croit être son père, Rodland. Et bien, ce jeune n'est autre que le fruit des amours de Ghisla avec son roi et eux seuls le savent. C'est effectivement un roman. Il est écrit dans une langue d'aujourd'hui, alerte et non vulgaire. Rien de scabreux.

Quant à Ganelon, il était bien le traître, mais pas seulement...

Alain Letombe

Publié le: Jeudi, 26 Mai 2011