Sous les pavés de 1968...

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer
AddThis Social Bookmark Button

Album

  Livre
Détail de la notice

Yvan Pommaux et Pascale Bouchié
Véro en Mai

Cet album au format à l'italienne a pour thème le « soulèvement de mai 68 », vu à travers les yeux d’un(e) enfant de 9-10 ans, qui s’appelle Véronique.

Cet album, qui fonctionne comme une BD, mais avec peu de découpage par vignette permet une lecture du texte et des bulles librement, ainsi que des slogans qui sont récurrents et signent la liberté d’expression revendiquée ; il est agréable à lire.
Les couleurs sont choisies, un peu ternes, à la façon des livres 1968, avec prédominance du rouge et du noir.
Le récit des évènements est teinté d’humour (ex : De Gaulle, « avec ce nom là, il était fait pour gouverner la France », « Charlot » dit son frère, et Véro n’y voit qu’une allusion à Charlie Chaplin, plus on avance dans le temps, plus son ventre grossit – il devient ventripotent).
Bien sûr les mieux placés pour repérer les clichés, ce sont nous, les adultes qui avons connu mai 68, mais le livre est un médiateur pour les enfants et petits enfants leur faisant comprendre tous les bouleversements de cette époque, les grandes avancées qui l’ont suivie et le décalage entre générations.

Véro est la fille d’une famille de 5 personnes : mère institutrice, père météorologue, un grand frère Vincent, lycéen, qui va lui participer aux manifestations de la rue, et sa petite sœur Valérie dont elle s’occupe de temps à autre.
La première de couverture, le résumé de la 4ème de couverture, ainsi que les pages de garde nous plongent dans les évènements du printemps de l’année 1968 : nous retrouverons à plusieurs reprises les slogans qui ont marqué la période et la petite Véro : « Sous les pavés la plage, il est interdit d’interdire, etc. »
Les auteurs posent le contexte historique et la politique d’ouverture du Général De Gaulle de 1959 à 1968 ; ensuite est passé en revue tout ce qui est à la mode à l’époque : lecture et presse (Fantômette, le Club des Cinq, Alice détective et les livres des Bibliothèques Rose et Verte pour les enfants, Le Canard Enchaîné, Pilote, Tintin, Astérix, Mademoiselle Âge tendre) , chansons (les Beatles, Gainsbourg, la guitare électrique de Vincent), cinéma (Pierrot le fou), les automobiles et la société de consommation naissante, mais aussi l’immense phénomène d’émancipation. : début de la mixité dans les écoles et lycées, et les inquiétudes des parents, le raccourcissement des jupes des filles, le port du pantalon, l’allongement des cheveux des garçons, plus de blouse à l’école, , …et après les émeutes, les acquis de Mai 68 : la baisse du temps de travail, la hausse des bas salaires, la contraception, l’éducation des enfants, les droits des femmes, etc.
Sont abordés également en filigrane les évènements mondiaux de l’époque : la guerre du Vietnam, les Jeux olympiques de Grenoble, le phénomène des hippies, entrecoupés de clins d’yeux aux dessins animés « Les Shadocks » dont on peut voir des images à la Télévision, qui vient justement bouleverser la tranquillité idéologique du français moyen…
Mais Véronique, du haut de ses 9 ans a sa petite vie de famille : les jeux dans les couloirs de l’école de sa maman le soir, les jeux avec sa petite sœur, les dimanches chez Pépère et Mémère avec les oncles et tantes, et les disputes familiales, notamment prise de positions et désaccords sur les manifestations des étudiants et la participation du frère Vincent.
Le suspense sera atteint lorsque Vincent partira, malgré le désaccord des parents, à une manifestation, et qu’il reviendra blessé à la tête (pavé oblige !), mais la scène fera l’objet d’une double page (38-39) sans texte, où chacun pourra y mettre ses propres mots… et en conclura que tout n’est pas permis.
(Même Véro et sa bande de copains-copines du quartier qui parodiaient une manif se sont fait rabrouer). La fin nous révèle que le père est gauchiste : il est ému par les résultats de la gauche aux élections présidentielles.

Jocelyne Ric, Collège Paul Verlaine, Saint-Nicolas-lez-Arras

 

 


 

Publié le: Mercredi, 13 Juillet 2011