Va, cours, vole: le retour du refoulé.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer
AddThis Social Bookmark Button

Roman

Une vie en plus de Janine Boissard

Janine Boissard est un écrivain, pardon, une écrivaine, prolifique. Elle est à la tête d'un cheptel de romans considérable. Elle est connue, reconnue, admirée. Elle a la réputation de livrer des récits qui touchent à la vie de tous les jours et où chacun peut se reconnaître. Trop, peut être. Jugez-en:

Adeline est cadre dans une entreprise dirigée par le parrain d'une de ses filles – on reste entre soi. Elle a un bon salaire, de bons collaborateurs, une belle voiture de fonction et des amis exquis: tout pour être heureuse. Avec ça, une famille tout ce qu'il y a d'adorable avec, par ordre d'apparition dans la vie: Adèle qui découvre l'Amour et ses déconvenues – il faut bien que jeunesse se passe. Les jumeaux ensuite: Eugène, dit le Saint parce qu'il est doté d'une intuition déductive faramineuse et Elsa qui deviendra jeune fille menstruée au cours du roman. Et, pour chapeauter le tout, un mari délicieux, qui ne sait comment l'aimer, un juge plein d'attentions aux affaires familiales. Et il s'y connaît personnellement en affaires familiales, justement: un fils conçu dans une autre vie réapparaît. N'est-ce pas un beau paysage? Comblée, elle est, Adeline. 

Et voilà qu'il lui passe par la tête que trop c'est trop. Trop de bonheur, c'est indigne: elle démissionne, tout à coup pour se mettre au service de sa famille qui n'a rien demandé, pour se remettre en cause, ressentir les frissons du danger. Personne ne comprend; pensez donc, il faut avoir les moyens de ce genre de décision; elle ne doit pas avoir trop de traites à la fin du mois! Bon, elle habite St Cloud.

Tout démarre avec des champignons; la voilà embarquée dans une aventure de spectacle. Ces « organismes eucaryotes » , comme l'explique Wikipédia, vont agir comme les madeleines de Marcel: elle va se rappeler toutes les frustrations, moqueries et humiliations même dont elle fut l'objet dans sa prime adolescence. Elle voulait devenir parolière, parolière elle deviendra, nom d'une Adeline! 

Elle rencontre – les deux vont de pair, sans doute –  le beau Mathis. Enfin, « beau », on n'en sait rien mais, en tout cas, il va être son mentor, réveiller sa sensibilité et pourvoir à son épanouissement personnel. Il va lui montrer les grandeurs de la musique et du spectacle, lui qui vit comme un ermite au service de son art. Tombera-t-elle amoureuse? Est-ce possible? Une femme que le destin a déjà  tant favorisé? Elle est prise, c'est de circonstance,  par un dilemme tout cornélien justement. C'est insoutenable! Certes, à la fin, elle ira chez le soupirant-artiste, l'audacieuse, où elle avouera avoir « senti contre sa robe légère le désir de Mathis s'affirmer ». Poéte avec ça! Mais non, ressaisis-toi; Adeline! Elle repartira avec son panier, le bien nommé, sans autre forme de procès. Il ne faut pas troubler l'ordre du monde. 

Le style n'est pas en cause: les images sont amusantes et les comparaisons culturelles. On sent tout un fonds de connaissances. 

Et le spectacle aura lieu devant tous, et sera un succès, bien sûr. Les lumières s'éteindront sauf dans les yeux des acteurs. Et Adeline retrouvera sa famille, son Hugo, ses enfants. Tout rentrera dans l'ordre, n'ayez pas peur. Il aurait suffi... ha, ne m'en parlez pas!

Janine Boissard est l'écrivaine-assurance-tous-risques minimum. 

Fallait-il noircir 520 pages pour autant?

 

Alain Dagnez

Publié le: Mercredi, 23 Mai 2012