Ambiguité, refoulement : du glauque, du vrai !

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Roman

Philippe Djian
Incidences
 
Les romans de Philippe Djian déclenchent souvent des avis très tranchés. Ainsi en est-il de ce roman. L’histoire commence alors que Marc, « professeur d’écriture » à l’université, se débarrasse, avec flegme, du corps de l’étudiante avec laquelle il a passé la nuit.

Il est, en effet, essentiel pour lui de préserver l’équilibre étrange du couple qu’il forme avec sa sœur dans une maison isolée au fin fond des bois (chacun occupe un étage de la maison familiale) et avec laquelle il entretient une relation fusionnelle ambigüe. Ce lien insolite résulte – on s’en rend compte au fil des pages et des anecdotes – de l’acharnement de leur mère à leur rendre la vie impossible et qui s’est soldé par une issue tragique.

Inlassablement, le héros tente d’inculquer à ses étudiants l’art d’écrire et se désespère de découvrir un jour parmi eux celui qui saura aligner quelques lignes avec style et grâce, qualités indispensables du véritable écrivain, dont il cite volontiers quelques exemples (mais c’est depuis longtemps, le cheval de croisade de Djian qui s’y attachait déjà farouchement dans ses premiers romans !). Malheureusement, Marc, lui-même, a dû se résigner à sa médiocrité et s’est contenté de divulguer la recette. Il compense ce regret en fumant un nombre incalculable de cigarettes, presque compulsivement.

Sa sœur Marianne, quant à elle, avale des kilos de fromage blanc 0% et s’assure qu’il conserve son poste en fréquentant le directeur de l’université, un piètre amateur de littérature commerciale.

Alors qu’il pense avoir découvert un amour qui dénote, à sa grande surprise, des amourettes estudiantines, Marc se trouve emporté dans un tourbillon dont on se demande avec angoisse s’il pourra se sortir indemne.

Entre la police qui recherche l’élève disparue, le directeur qui le houspille et le somme de se reprendre tout en courtisant la sœur défendue, une autre élève qui le harcèle sexuellement en lui proposant les services de son père mafieux, sa sœur qui le rejette, casse des assiettes ou l’attire inexorablement…, on se retrouve dans cet univers un peu glauque, aux accents américains, mais dont on se délecte quand on aime Philippe Djian.

Dominique Desmaret
Médiathèque Départementale
Publié le: Mercredi, 25 Juillet 2012