Mathieu Lecerf

Parcours culturel | Invité

Hubert Selby Jr | Cormack McCarthy | Stieg Larsson | Dante Alighieri | Abel Ferrara | The Smiths | David Cronenberg | Stanley Kubrick | Terrence Malick | Milan Kundera | Wolfgang Amadeus Mozart | Alexandre Farto

Pour son premier Roman La part du démon publié cette année chez Robert Laffont, Mathieu Lecerf a décroché le prix Bête noire des libraires 2021. Nourri de polars, de cinéma et de street art, Mathieu Lecerf fait passer le lecteur de l'ombre à lumière à une vitesse vertigineuse. Travaillant déjà sur le deuxième tome de sa saga, il a pris le temps de venir nous livrer sa sélection.

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Le Démon

Le Démon

Livre - 10/18

Hubert Selby Jr | 1976

J’ai découvert "Le Démon" au début des années 2000. J’avais alors une vingtaine d’années et les mots de l’auteur américain m’avaient foudroyé. Je n’avais jamais rien lu de pareil, d’aussi organique et flamboyant, d’aussi cru et intime, dans la psychologie d’un personnage. À travers le prisme d’un yuppie de Manhattan, Selby nous plonge dans l’esprit torturé d’un Monsieur-Tout-le-Monde (WASP bien sous tous rapports) rongé par le mal – un mal qui l’habite et le force à repousser toujours ses limites : sexe, vol, puis violence. Il n’est jamais rassasié et nous emmène crescendo dans sa chute au fond de l’abîme, vers un dénouement inéluctable. Un récit glaçant d’une grande modernité qui nous place face à nos propres pulsions et fantasmes, et qui inspira bon nombre d’auteurs comme Bret Easton Ellis avec "American Psycho", sorti en 1991, autre grand texte métaphorique sur une certaine Amérique psychotique.

La Route

La Route

Livre - Points

Cormack McCarthy | 2007

Comment survivre et avancer dans un monde hostile ? Comment garder la foi et réussir à transmettre ? Que va-t-on laisser derrière soi une fois son existence terminée ? "La Route" est une déclaration d’amour à l’humanité tout entière, un phare salvateur dans un océan sombre et ravageur. Car le constat de Cormack McCarthy est sans compromis. Prix Pulitzer en 2007, "La Route" nous dépeint un monde post-apocalyptique désespéré, recouvert de cendres et de cadavres, où peu d’humains ont survécu. Ceux-là se terrent et pratiquent le cannibalisme. Au milieu de cet enfer, un homme voyage avec son fils vers le Sud, poussant le peu d’affaires qu’ils leur restent dans un caddie de supermarché déglingué, poursuivant leur chemin contre vents et marées vers l’espoir. Miroir violent du monde contemporain, "La Route" bouleverse autant qu’elle élève. Juste immense.

Millenium

Millenium

Livre - Acte Sud - actes noirs

Stieg Larsson | 2005

J’aime beaucoup la trilogie de Stieg Larsson, brillant journaliste suédois qui n’aura malheureusement pas connu son succès, mort d’une crise cardiaque à 50 ans alors qu’il venait de remettre ses trois manuscrits à son éditeur. Intelligente, surprenante, hyper-documentée, d’une grande richesse romanesque, la trilogie "Millenium" développe une multitude d’intrigues dans une atmosphère si oppressante que la lecture s’en ressent physiquement. Polar tout autant que roman d’espionnage, drame ou thriller, ce pavé de mille cinq cents pages vaut aussi et surtout pour l’un de ses personnages féminins : Lisbeth Salander. Lolita des temps modernes, icône cyber-punk, Lisbeth s’est imposée au fil des années comme l’une des figures les plus emblématiques du polar du XXIe siècle. Incarnée par trois actrices au cinéma, dont la démente Rooney Mara dans l’adaptation du premier livre par David Fincher, Lisbeth Salander fascine autant qu’elle effraie, séduit autant qu’elle rebute, et représente le cœur même de l’œuvre de Larsson dans toute sa sauvagerie poétique. Salander Forever.

La Divine Comédie

La Divine Comédie

Livre - Actes Sud - Babel

Dante Alighieri | 1321

Plus que "La Divine Comédie" dans son intégralité, c’est surtout le premier livre, "Inferno", qui m’a toujours touché et dont je relis régulièrement certains passages avec plaisir et la boule au ventre. Dans ce premier volet de la trilogie ("Enfer"/"Purgatoire"/"Paradis"), on suit le poète Dante, qui traverse les neuf cercles de l’Enfer (entonnoir malsain qui s’enfonce au fond de l’abîme, traversé par le Styx et où souffre le pire de l’humanité) afin de retrouver sa dulcinée, Dame Béatrice. Un parcours semé d’embûches et d’horreurs pour atteindre la Lumière, durant lequel il pourra conter sur son fidèle guide, Virgile, pour l’aider à passer les sombres remous du Styx. Intemporel et universel, la thématique de Dante n’a eu de cesse depuis le Moyen-Âge d’inspirer les plus grands, même à notre époque, que ce soit dans "Le Seigneur des Anneaux" (Frodo/Dante et Gollum/Virgile), ou dans l’adaptation à peine déguisée de Lars Von Trier avec "The House that Jack Built". Il y a tout dans cette œuvre. La base.

<!-- wp:paragraph --> <p>Elles me tiennent, elles te tiennent, elles le tiennent, elles nous tiennent...</p> <!-- /wp:paragraph -->

Bad Lieutenant

Bad Lieutenant

Video - Wild Side Vidéo

Abel Ferrara | 1992

Abel Ferrara est le cinéaste de la rédemption, un thème qui m’a toujours intéressé. La religion, la culpabilité et le pardon sont les pierres angulaires de l’œuvre du réalisateur à qui l’on doit notamment "The King of New York" et "The Funeral". Avec "Bad Lieutenant", chef-d’œuvre du film noir sorti en 1992, il nous invite à un voyage au bout de l’enfer : un flic ripou et bourré d’héro, incarné par un immense Harvey Keitel, enquête sur le viol sordide d’une jeune religieuse. La victime connaît ses agresseurs, mais elle ne veut pas les dénoncer, et ça, ça le dépasse le « Bad Lieutenant ». Au fil de son enquête désespérée et de sa descente aux enfers, il tentera lui-même de trouver le pardon et la lumière. Jamais le New-York crade n’avait été filmé ainsi, jamais Keitel n’avait été aussi puissant et troublant, jamais Ferrara n’avait été à ce point au sommet de son art. Touché par la grâce.

Louder than bombs

Louder than bombs

Audio

The Smiths | 1987

Lorsque j’étais adolescent, j’écoutais toutes sortes de musiques, du reggae au classique, du metal à la pop. Dans ce flot continu de sons différents, un groupe anglais ne m’a jamais quitté au fil des ans : The Smiths. Avec la voix suave de Morrissey et les accords de guitare de Johnny Marr, The Smiths me berce depuis près de trois décennies. Et si on ne compte plus leurs albums cultes – de "The Queen is dead" à "Meat is murder" en passant par "Rank" –, s’il ne devait en rester qu’un, ce serait pour moi "Louder than bombs", véritable best of du groupe originaire de Manchester, sur lequel on retrouve tout ce qui a fait leur singularité avec des tubes comme “Sheila take a bow”, “Half a person”, “Panic”, “Heaven knows I’m miserable now”, “Ask”, ou “Please, please, please”. Un must.

Faux semblants

Faux semblants

Video

David Cronenberg | 1988

J’aime beaucoup le cinéma et les thématiques de David Cronenberg : la mutation, la transformation, la technologie, la fusion organique. Visuellement très puissant et d’une beauté époustouflante, ses films sont d’une incroyable modernité. J’aurais pu citer "Crash" ou "History of Violence", mais "Dead Ringers" reste pour moi une sorte d’aboutissement de son cinéma. On y retrouve tous les thèmes qui lui sont chers, auxquels il a ajouté cette relation fascinante entre deux jumeaux, incarnés par le seul Jeremy Irons. En dressant les portraits de deux gynécologues avant-gardistes et complètement fous, Cronenberg nous plonge dans un cauchemar éveillé d’une rare perfection formelle et au dénouement plein d’une poésie macabre.

Coffret Kubrick

Coffret Kubrick

Video

Stanley Kubrick | 1962 - 1999

Parmi tous les cinéastes dont j’ai pu voir les œuvres, Stanley Kubrick est indéniablement le plus grand. Sans équivoque. Sans doute parce que j’ai découvert ses films très jeunes et qu’ils font partie de moi, son cinéma m’a toujours fasciné ; et je découvre encore aujourd’hui des détails qui m’ont échappé et qui en modifient ma vision quand j’en revois certains aujourd’hui, tant ses récits et ses images sont d’une richesse inouïe. Du générique/cérémonial de "Lolita", au duel de "Barry Lyndon", en passant par le rodéo nucléaire de "Docteur Folamour", les fantasmes d’"Orange Mécanique", la rupture radicale de "Full Metal Jacket", les déambulations nocturnes d’"Eyes Wide Shut", ou encore tout "2001" (plus grand film de tous les temps), l’œuvre kubrickienne est intemporelle et ne cessera de me fasciner encore et encore. Le plus grand de tous.

<!-- wp:paragraph --> <p>Touché par...</p> <!-- /wp:paragraph -->

The Tree of Life

The Tree of Life

Video

Terrence Malick | 2011

Je me souviens de la première fois que j’ai découvert "The Tree of Life "; c’était lors du Festival de Cannes en 2011 (où il allait remporter la Palme d’Or). Étant un grand admirateur de Terrence Malick, j’attendais avec impatience son nouvel opus, d’autant plus que le cinéaste avait mis, une fois encore, des années à le concevoir. Mais ç’avait valu le coup d’attendre. Pour moi, il reste à ce jour le plus grand film du XXIe siècle. Une histoire simple. Un couple classique et trois enfants, trois garçons. Un père travailleur, occupé et un peu rustre ; une mère gracieuse, présente et bienveillante. Une pureté incroyable, une poésie omniprésente, la vie au quotidien, un microcosme d’existence. Puis, un drame va bouleverser cet équilibre. Philosophique, profond, existentialiste, "The Tree of Life" est plus qu’un film, Malick a réussi a exprimé quelque chose de rare, il a tout simplement filmé la Vie, avec un grand V (ou plutôt, une réflexion fascinante autour de celle-ci), et à l’instar de Kubrick avec "2001", il propose une vision pleine d’espérance sur l’existence. Depuis cette découverte en mai 2011, je le regarde au moins une fois par an, juste parce qu’il fait du bien, éveille, et apporte de la lumière quand on en a besoin.

L’Identité

L’Identité

Livre - Gallimard

Milan Kundera | 1998

Milan Kundera est un immense écrivain. Si ses premières œuvres sont réussies ("La vie est ailleurs", "L’insoutenable légèreté de l’être", "L’Immortalité", évidemment), j’apprécie particulièrement celles qu’il a écrites à partir des années 1990. Un véritable tour de force, d’ailleurs, puisqu’à partir de cette époque, il cessa d’écrire dans sa langue maternelle (le tchèque), pour rédiger ses œuvres en français. Ainsi, parmi elles, on trouve des textes aussi beaux et épurés que "La Lenteur", "L’ignorance", et… "L’Identité". Et sa quatrième de couverture exceptionnelle d’humanité : "« Confondre l'apparence physique de l'aimée avec celle d'une autre. Combien de fois il a déjà vécu cela ! Toujours avec le même étonnement : la différence entre elle et les autres est-elle donc si infime ? Comment se peut-il qu'il ne sache pas reconnaître la silhouette de l'être le plus aimé, de l'être qu'il tient pour incomparable ? »"

Gran Partita

Gran Partita

Audio

Wolfgang Amadeus Mozart | 1781

Dès les premières notes, le cœur se soulève, et parfois, on peut atteindre par la suite une sorte d’état d’osmose. Une contrebasse, parfois doublée par un contrebasson, deux hautbois, deux clarinettes, deux cors de basset, deux bassons, plus quelques cuivres en fa et en mi, et les basses en si ; une orchestration unique pour ce genre de sérénades, qui parvient tout simplement à recréer la voix de Dieu. Œuvre la plus longue non-chantée de tout le répertoire du compositeur, la sérénade KV 361 est un véritable miracle musical construit en sept mouvements, avec notamment le lent et dramatique "largo", suivi du "menuetto" et son dialogue tragique entre les hautbois et les clarinettes, ou encore la sombre "romance" qui, pour l’anecdote, avait toujours intriguée Albert Einstein à cause des multitudes de double-croches jouées par les basses frénétiques. La plus belle musique du monde.

Vhils

Vhils

Livre - Gallimard

Alexandre Farto | 2014

Je suis passionné de street art, notamment par les artistes Banksy, Shepard Fairey (Obey), Hush, ou encore Swoon. Mais celui qui me touche le plus est indéniablement Vhils. De son vrai nom Alexandre Farto, Vhils est né en 1987 à Seixal, dans la banlieue lisboète. Je suis moi-même d’origine portugaise par ma mère, mais cela n’a rien à voir avec la tendresse que j’ai pour le travail de cet artiste hors-norme, qui utilise les murs non pas pour y graffer ou y coller ses œuvres, mais qui travaille le support-même comme une œuvre d’art, redonnant vie à des murs abandonnés, symbole d’une certaine population oubliée. Avec un burin ou… de l’explosif, il détruit de petites parties de murs pour recréer des visages immenses d’anonymes, pour un résultat époustouflant. « Retirer pour révéler », tel pourrait être le créneau de cet immense artiste.

Le Démon

Le Démon

Livre - 10/18

Hubert Selby Jr | 1976

J’ai découvert "Le Démon" au début des années 2000. J’avais alors une vingtaine d’années et les mots de l’auteur américain m’avaient foudroyé. Je n’avais jamais rien lu de pareil, d’aussi organique et flamboyant, d’aussi cru et intime, dans la psychologie d’un personnage. À travers le prisme d’un yuppie de Manhattan, Selby nous plonge dans l’esprit torturé d’un Monsieur-Tout-le-Monde (WASP bien sous tous rapports) rongé par le mal – un mal qui l’habite et le force à repousser toujours ses limites : sexe, vol, puis violence. Il n’est jamais rassasié et nous emmène crescendo dans sa chute au fond de l’abîme, vers un dénouement inéluctable. Un récit glaçant d’une grande modernité qui nous place face à nos propres pulsions et fantasmes, et qui inspira bon nombre d’auteurs comme Bret Easton Ellis avec "American Psycho", sorti en 1991, autre grand texte métaphorique sur une certaine Amérique psychotique.

La Route

La Route

Livre - Points

Cormack McCarthy | 2007

Comment survivre et avancer dans un monde hostile ? Comment garder la foi et réussir à transmettre ? Que va-t-on laisser derrière soi une fois son existence terminée ? "La Route" est une déclaration d’amour à l’humanité tout entière, un phare salvateur dans un océan sombre et ravageur. Car le constat de Cormack McCarthy est sans compromis. Prix Pulitzer en 2007, "La Route" nous dépeint un monde post-apocalyptique désespéré, recouvert de cendres et de cadavres, où peu d’humains ont survécu. Ceux-là se terrent et pratiquent le cannibalisme. Au milieu de cet enfer, un homme voyage avec son fils vers le Sud, poussant le peu d’affaires qu’ils leur restent dans un caddie de supermarché déglingué, poursuivant leur chemin contre vents et marées vers l’espoir. Miroir violent du monde contemporain, "La Route" bouleverse autant qu’elle élève. Juste immense.

Millenium

Millenium

Livre - Acte Sud - actes noirs

Stieg Larsson | 2005

J’aime beaucoup la trilogie de Stieg Larsson, brillant journaliste suédois qui n’aura malheureusement pas connu son succès, mort d’une crise cardiaque à 50 ans alors qu’il venait de remettre ses trois manuscrits à son éditeur. Intelligente, surprenante, hyper-documentée, d’une grande richesse romanesque, la trilogie "Millenium" développe une multitude d’intrigues dans une atmosphère si oppressante que la lecture s’en ressent physiquement. Polar tout autant que roman d’espionnage, drame ou thriller, ce pavé de mille cinq cents pages vaut aussi et surtout pour l’un de ses personnages féminins : Lisbeth Salander. Lolita des temps modernes, icône cyber-punk, Lisbeth s’est imposée au fil des années comme l’une des figures les plus emblématiques du polar du XXIe siècle. Incarnée par trois actrices au cinéma, dont la démente Rooney Mara dans l’adaptation du premier livre par David Fincher, Lisbeth Salander fascine autant qu’elle effraie, séduit autant qu’elle rebute, et représente le cœur même de l’œuvre de Larsson dans toute sa sauvagerie poétique. Salander Forever.

La Divine Comédie

La Divine Comédie

Livre - Actes Sud - Babel

Dante Alighieri | 1321

Plus que "La Divine Comédie" dans son intégralité, c’est surtout le premier livre, "Inferno", qui m’a toujours touché et dont je relis régulièrement certains passages avec plaisir et la boule au ventre. Dans ce premier volet de la trilogie ("Enfer"/"Purgatoire"/"Paradis"), on suit le poète Dante, qui traverse les neuf cercles de l’Enfer (entonnoir malsain qui s’enfonce au fond de l’abîme, traversé par le Styx et où souffre le pire de l’humanité) afin de retrouver sa dulcinée, Dame Béatrice. Un parcours semé d’embûches et d’horreurs pour atteindre la Lumière, durant lequel il pourra conter sur son fidèle guide, Virgile, pour l’aider à passer les sombres remous du Styx. Intemporel et universel, la thématique de Dante n’a eu de cesse depuis le Moyen-Âge d’inspirer les plus grands, même à notre époque, que ce soit dans "Le Seigneur des Anneaux" (Frodo/Dante et Gollum/Virgile), ou dans l’adaptation à peine déguisée de Lars Von Trier avec "The House that Jack Built". Il y a tout dans cette œuvre. La base.

Bad Lieutenant

Bad Lieutenant

Video - Wild Side Vidéo

Abel Ferrara | 1992

Abel Ferrara est le cinéaste de la rédemption, un thème qui m’a toujours intéressé. La religion, la culpabilité et le pardon sont les pierres angulaires de l’œuvre du réalisateur à qui l’on doit notamment "The King of New York" et "The Funeral". Avec "Bad Lieutenant", chef-d’œuvre du film noir sorti en 1992, il nous invite à un voyage au bout de l’enfer : un flic ripou et bourré d’héro, incarné par un immense Harvey Keitel, enquête sur le viol sordide d’une jeune religieuse. La victime connaît ses agresseurs, mais elle ne veut pas les dénoncer, et ça, ça le dépasse le « Bad Lieutenant ». Au fil de son enquête désespérée et de sa descente aux enfers, il tentera lui-même de trouver le pardon et la lumière. Jamais le New-York crade n’avait été filmé ainsi, jamais Keitel n’avait été aussi puissant et troublant, jamais Ferrara n’avait été à ce point au sommet de son art. Touché par la grâce.

Louder than bombs

Louder than bombs

Audio

The Smiths | 1987

Lorsque j’étais adolescent, j’écoutais toutes sortes de musiques, du reggae au classique, du metal à la pop. Dans ce flot continu de sons différents, un groupe anglais ne m’a jamais quitté au fil des ans : The Smiths. Avec la voix suave de Morrissey et les accords de guitare de Johnny Marr, The Smiths me berce depuis près de trois décennies. Et si on ne compte plus leurs albums cultes – de "The Queen is dead" à "Meat is murder" en passant par "Rank" –, s’il ne devait en rester qu’un, ce serait pour moi "Louder than bombs", véritable best of du groupe originaire de Manchester, sur lequel on retrouve tout ce qui a fait leur singularité avec des tubes comme “Sheila take a bow”, “Half a person”, “Panic”, “Heaven knows I’m miserable now”, “Ask”, ou “Please, please, please”. Un must.

Faux semblants

Faux semblants

Video

David Cronenberg | 1988

J’aime beaucoup le cinéma et les thématiques de David Cronenberg : la mutation, la transformation, la technologie, la fusion organique. Visuellement très puissant et d’une beauté époustouflante, ses films sont d’une incroyable modernité. J’aurais pu citer "Crash" ou "History of Violence", mais "Dead Ringers" reste pour moi une sorte d’aboutissement de son cinéma. On y retrouve tous les thèmes qui lui sont chers, auxquels il a ajouté cette relation fascinante entre deux jumeaux, incarnés par le seul Jeremy Irons. En dressant les portraits de deux gynécologues avant-gardistes et complètement fous, Cronenberg nous plonge dans un cauchemar éveillé d’une rare perfection formelle et au dénouement plein d’une poésie macabre.

Coffret Kubrick

Coffret Kubrick

Video

Stanley Kubrick | 1962 - 1999

Parmi tous les cinéastes dont j’ai pu voir les œuvres, Stanley Kubrick est indéniablement le plus grand. Sans équivoque. Sans doute parce que j’ai découvert ses films très jeunes et qu’ils font partie de moi, son cinéma m’a toujours fasciné ; et je découvre encore aujourd’hui des détails qui m’ont échappé et qui en modifient ma vision quand j’en revois certains aujourd’hui, tant ses récits et ses images sont d’une richesse inouïe. Du générique/cérémonial de "Lolita", au duel de "Barry Lyndon", en passant par le rodéo nucléaire de "Docteur Folamour", les fantasmes d’"Orange Mécanique", la rupture radicale de "Full Metal Jacket", les déambulations nocturnes d’"Eyes Wide Shut", ou encore tout "2001" (plus grand film de tous les temps), l’œuvre kubrickienne est intemporelle et ne cessera de me fasciner encore et encore. Le plus grand de tous.

The Tree of Life

The Tree of Life

Video

Terrence Malick | 2011

Je me souviens de la première fois que j’ai découvert "The Tree of Life "; c’était lors du Festival de Cannes en 2011 (où il allait remporter la Palme d’Or). Étant un grand admirateur de Terrence Malick, j’attendais avec impatience son nouvel opus, d’autant plus que le cinéaste avait mis, une fois encore, des années à le concevoir. Mais ç’avait valu le coup d’attendre. Pour moi, il reste à ce jour le plus grand film du XXIe siècle. Une histoire simple. Un couple classique et trois enfants, trois garçons. Un père travailleur, occupé et un peu rustre ; une mère gracieuse, présente et bienveillante. Une pureté incroyable, une poésie omniprésente, la vie au quotidien, un microcosme d’existence. Puis, un drame va bouleverser cet équilibre. Philosophique, profond, existentialiste, "The Tree of Life" est plus qu’un film, Malick a réussi a exprimé quelque chose de rare, il a tout simplement filmé la Vie, avec un grand V (ou plutôt, une réflexion fascinante autour de celle-ci), et à l’instar de Kubrick avec "2001", il propose une vision pleine d’espérance sur l’existence. Depuis cette découverte en mai 2011, je le regarde au moins une fois par an, juste parce qu’il fait du bien, éveille, et apporte de la lumière quand on en a besoin.

L’Identité

L’Identité

Livre - Gallimard

Milan Kundera | 1998

Milan Kundera est un immense écrivain. Si ses premières œuvres sont réussies ("La vie est ailleurs", "L’insoutenable légèreté de l’être", "L’Immortalité", évidemment), j’apprécie particulièrement celles qu’il a écrites à partir des années 1990. Un véritable tour de force, d’ailleurs, puisqu’à partir de cette époque, il cessa d’écrire dans sa langue maternelle (le tchèque), pour rédiger ses œuvres en français. Ainsi, parmi elles, on trouve des textes aussi beaux et épurés que "La Lenteur", "L’ignorance", et… "L’Identité". Et sa quatrième de couverture exceptionnelle d’humanité : "« Confondre l'apparence physique de l'aimée avec celle d'une autre. Combien de fois il a déjà vécu cela ! Toujours avec le même étonnement : la différence entre elle et les autres est-elle donc si infime ? Comment se peut-il qu'il ne sache pas reconnaître la silhouette de l'être le plus aimé, de l'être qu'il tient pour incomparable ? »"

Gran Partita

Gran Partita

Audio

Wolfgang Amadeus Mozart | 1781

Dès les premières notes, le cœur se soulève, et parfois, on peut atteindre par la suite une sorte d’état d’osmose. Une contrebasse, parfois doublée par un contrebasson, deux hautbois, deux clarinettes, deux cors de basset, deux bassons, plus quelques cuivres en fa et en mi, et les basses en si ; une orchestration unique pour ce genre de sérénades, qui parvient tout simplement à recréer la voix de Dieu. Œuvre la plus longue non-chantée de tout le répertoire du compositeur, la sérénade KV 361 est un véritable miracle musical construit en sept mouvements, avec notamment le lent et dramatique "largo", suivi du "menuetto" et son dialogue tragique entre les hautbois et les clarinettes, ou encore la sombre "romance" qui, pour l’anecdote, avait toujours intriguée Albert Einstein à cause des multitudes de double-croches jouées par les basses frénétiques. La plus belle musique du monde.

Vhils

Vhils

Livre - Gallimard

Alexandre Farto | 2014

Je suis passionné de street art, notamment par les artistes Banksy, Shepard Fairey (Obey), Hush, ou encore Swoon. Mais celui qui me touche le plus est indéniablement Vhils. De son vrai nom Alexandre Farto, Vhils est né en 1987 à Seixal, dans la banlieue lisboète. Je suis moi-même d’origine portugaise par ma mère, mais cela n’a rien à voir avec la tendresse que j’ai pour le travail de cet artiste hors-norme, qui utilise les murs non pas pour y graffer ou y coller ses œuvres, mais qui travaille le support-même comme une œuvre d’art, redonnant vie à des murs abandonnés, symbole d’une certaine population oubliée. Avec un burin ou… de l’explosif, il détruit de petites parties de murs pour recréer des visages immenses d’anonymes, pour un résultat époustouflant. « Retirer pour révéler », tel pourrait être le créneau de cet immense artiste.

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