Mapplethorpe/Rodin, les fleurs du mâle

Parcours culturel | Expositions

Rainer Maria Rilke | Patti Smith | Jean Cocteau | Bande originale du film | John Schlesinger | Catalogue de l’exposition du Grand Palais | Auguste Rodin, Norbert Wolf | Charles Baudelaire | John Milius | Jean Genet | Sylvia Wolfe | Catalogue de l’exposition du musée Rodin | | Catalogue de l’exposition du Musée des Beaux,Arts de Lyon | Antonin Artaud

Parallèlement à la rétrospective Robert Mapplethorpe (1946-1989) qui attire les foules au Grand Palais (jusqu’au 13 juillet), le musée Rodin confronte (jusqu’au 21 septembre) 102 photographies à 50 œuvres du sculpteur (1840-1917). Là où un premier "Mapplethorpe versus Rodin", à Düsseldorf en 1992, insistait sur l’opposition des approches respectives de leur centre d’intérêt commun, le corps, cette fois, c’est un dialogue qui est mis en scène. A un siècle de distance, ces deux adorateurs de Baudelaire convergent : l’un vient des instantanés louches mais cherche la beauté de la statuaire classique ; l’autre injecte une liberté nouvelle dans ses bronzes et marbres. Leur rencontre est aussi celle de deux villes et de deux époques bouillonnantes, le New York des proto punks des années 70 et le Paris des avant-gardes du début du XXe.

Quoique foncièrement individualistes, Rodin et Mapplethorpe ont beaucoup fréquenté les artistes de leur temps, et pas seulement leurs muses respectives, la sculptrice Camille Claudel et l’égérie punk Patti Smith. Ils vivront tous deux dans de sacrés postes d’observation et d’influences. A l’hôtel Biron (devenu musée Rodin), le premier est voisin du poète Rainer Maria Rilke, de la danseuse Isadora Duncan, du jeune Jean Cocteau. Au Chelsea Hotel de New York, le second croise dans les couloirs les héritiers de la "beat generation" (William Burroughs, Allen Ginsberg), des musiciens star (Dylan) ou en devenir (les futurs punks de New York).

Sur Rodin

Sur Rodin

Livre - André Versaille

Rainer Maria Rilke | 1906

Le poète pragois (1875-1921), auteur des célèbres Lettres à un jeune poète entre 1903 et 1908, a approché Rodin après avoir épousé l’une de ses anciennes élèves, la sculptrice allemande Clara Westhoff. Emigré en France, il sera son secrétaire particulier. Les deux hommes se brouillent, mais Rilke maintient son admiration dans ce bref et superbe essai. C’est lui aussi qui fera découvrir à Rodin l’hôtel Biron, près des Invalides, à Paris. Depuis sa confiscation par l’Etat aux religieux qui l’avaient occupée jusqu’en 1905, la bâtisse était louée en appartements, notamment à des artistes, dont Rilke, Matisse, la danseuse Isadora Duncan ou le jeune Jean Cocteau. Le sculpteur y installera son atelier, avant de le proposer à l’Etat en totalité à condition que l’hôtel devienne le musée Rodin.

Just Kids

Just Kids

Livre - Folio

Patti Smith | 2010

Lorsqu’ils se rencontrent à l’été 1967, la future égérie punk et le pas encore photographe ne sont que des mômes ("just kids"). Ils ont 20 ans, vénèrent les poètes français et vivent d’expédients dans des squats ou au célèbre Chelsea Hotel, éternel refuge de la faune artistique new-yorkaise. En 1970, lorsque leur liaison prend fin, Patti Smith a tout juste commencé à se produire en public et Mappelthorpe vient d’acheter un Polaroïd. Leurs carrières démarrent, et ils ne se perdront jamais de vue. Patti Smith raconte, d’une belle plume remarquablement traduite, ces trois intenses années de formation, et trouve le ton juste pour dévoiler une intimité tumultueuse avec une grande pudeur.

Les enfants terribles

Les enfants terribles

Livre

Jean Cocteau | 1909

« Robert et moi étions comme "Les enfants terribles" de Cocteau », raconte Patti Smith. Comme Paul et Elisabeth, les personnages de l’écrivain français, Mapplethorpe et sa muse ont, en effet, imaginé leur monde et vécu leurs rêves en vase clos, artistes sans autre public que leur alter ego avant d’entamer les carrières que l’on connaît. Comme "Les fleurs du Mal" de Baudelaire, ce roman a joué un rôle capital dans leur initiation. Il renvoie aussi à l’époque où le jeune Jean Cocteau publiait ses premiers poèmes à compte d’auteur. Nous étions en 1909, il n’avait pas 20 ans et vivait à l’hôtel Biron, dont Rodin occupait le rez-de-chaussée...

Chelsea Walls

Chelsea Walls

Audio

Bande originale du film | 2002

Le film de Ethan Hawke, acteur et réalisateur, n’évite pas les clichés sur le Chelsea Hotel de New York, mais la bande originale de Jeff Tweedy, leader du groupe Wilco, est un sans-faute. Au lieu d’évoquer les musiciens qui hantèrent les lieux (Dylan, le Velvet, Patti Smith...), le héraut de “l’Americana” se promène entre classiques country ("When the Roses bloom again" en duo avec le Britannique Billy Bragg), reprises pop ("Jealous Guy" du New-Yorkais d’adoption, John Lennon, en compagnie de Jimmy Scott, chanteur de jazz à la voix d’enfant bien que né en 1925), et instrumentaux à la guitare électrique dignes du "Ry Cooder" de Paris, Texas. Au final, toute l’Amérique aura été convoquée entre les quatre murs du Chelsea Hotel.

Confronté à l’œuvre de Rodin, le regard de Mapplethorpe sur les corps paraît soudain se libérer de ses stéréotypes (l’imagerie gay, les années 80, etc.) pour révéler son sens du détail (le grain d’une peau, la ride d’un pétale) et de la mise en scène (des drapés, des clairs-obscurs). Par la grâce de la comparaison, même son érotisme, souvent brutal, redevient une recherche digne des carnets secrets du sculpteur, en ces années 70 où, au cinéma comme dans la photo de mode, la mise en scène du sexe sort du ghetto porno.

Macadam Cowboy

Macadam Cowboy

Video

John Schlesinger | 1969

Une curiosité que cette épopée d’un cowboy texan, bâti comme un Apollon et cherchant à devenir gigolo à New York, classée X lorsqu’elle décrocha trois Oscars en 1970, dont celui du meilleur film. Ce n’est pourtant pas pour ses quelques scènes érotiques qu’il mérite d’être revu. Outre la performance de Dustin Hoffman dans le rôle du clochard Ratso, on repartira, avec délice, à la découverte du New York interlope de ces années-là, à des années-lumière de la ville aseptisée d’aujourd’hui. Pas étonnant que, selon Patti Smith, Mapplethorpe soit sorti d’une projection en criant au chef-d’œuvre.

Helmut Newton 1920-2004

Helmut Newton 1920-2004

Livre - RMN

Catalogue de l’exposition du Grand Palais | 2012

Le Grand Palais a la volonté d’accorder toute la place que mérite la photographie. Pas étonnant alors que, simultanément au musée Rodin, Robert Mapplethorpe soit exposé au Grand Palais (jusqu’au 13 juillet). Un investissement affirmé dès 2012 par la rétrospective consacrée à Helmut Newton, autre expert ès nus en noir et blanc, teintés de fétichisme. Venu de la mode, Newton a toujours réchauffé ses clichés sur papier glacé par la recherche d’une beauté animale, chez ses modèles inconnus comme chez les stars qui ont défilé devant son objectif : Liz Taylor, Ava Gardner, Catherine Deneuve, entre autres, et une armée de top models.

Carnet érotique Rodin

Carnet érotique Rodin

Livre - Chêne

Auguste Rodin, Norbert Wolf | 2008

Si l’érotisme est (très) directement présent dans l’œuvre de Mapplethorpe, dès ses premiers Polaroïds, il est beaucoup plus suggéré chez Rodin, époque oblige. D’où l’intérêt de ces dessins longtemps cachés dans “l’enfer” des collections, d’autant plus à l’aune de l’expo comparative entre les deux hommes, car le sculpteur ne se penche pas seulement sur le corps féminin. Les croquis du danseur et chorégraphe russe Nijinski (1889-1950), homosexuel, sont ainsi dignes des backrooms new-yorkaises. Certains qui les virent, à l’époque, en déduisirent que Rodin avait poussé sa recherche un poil plus loin...

Charles Baudelaire, influence commune aux deux artistes, alla chercher la poésie dans la réalité la plus crue et les sentiments les plus sombres. Comme chez l’auteur des "Fleurs du Mal", leur goût de l’érotisme et, au-delà, des pratiques corporelles extrêmes (les danseurs et danseuses de Rodin, les culturistes de Rodin) est, avant tout, la quête d’une beauté débarrassée de tout faux-semblant.

Les fleurs du Mal

Les fleurs du Mal

Livre - Magnard

Charles Baudelaire | 1857

Les premiers punks new-yorkais vénéraient les poètes français : le groupe "Television" comptait ainsi Tom “Verlaine” au chant et, à la basse, Richard “Hell”, en hommage à Rimbaud ("Une saison en enfer"). Mapplethorpe et Patti Smith préféraient Charles Baudelaire (1821-1867). Sur la photo qu’il signe pour Horses, le premier album de la chanteuse en 1975, elle est en veste noire et chemise blanche, son “costume de Baudelaire”... A un siècle de distance, leur passion les relie à Rodin, grand lecteur des "Fleurs du Mal", et à l’une de ses œuvres majeures, "La porte de l’enfer" (1880), interprétée, à l’époque, comme une transposition de ce recueil qui fonde son esthétique sur la réalité la plus crue.

Carnet érotique Rodin

Carnet érotique Rodin

Livre - Chêne

Auguste Rodin, Norbert Wolf | 2008

Si l’érotisme est (très) directement présent dans l’œuvre de Mapplethorpe, dès ses premiers Polaroïds, il est beaucoup plus suggéré chez Rodin, époque oblige. D’où l’intérêt de ces dessins longtemps cachés dans “l’enfer” des collections, d’autant plus à l’aune de l’expo comparative entre les deux hommes, car le sculpteur ne se penche pas seulement sur le corps féminin. Les croquis du danseur et chorégraphe russe Nijinski (1889-1950), homosexuel, sont ainsi dignes des backrooms new-yorkaises. Certains qui les virent, à l’époque, en déduisirent que Rodin avait poussé sa recherche un poil plus loin...

Conan le Barbare

Conan le Barbare

Video

John Milius | 1982

Dès 1970, Robert Mapplethorpe creuse son grand sujet : le corps. Masculin, bien sûr : vivant enfin son homosexualité, il explore en images la plastique et les pratiques des hommes. Et aussi le corps tout court, notamment au travers de sa fascination pour le culturisme. En 1976, il réalise un portrait d’Arnold Schwarzenegger, qui domine alors la discipline et qui vient de tourner le documentaire Pumping Iron, inscrivant le bodybuilding dans la culture populaire américaine. En scrutant ce corps-là, magnifié quelques années plus tard dans cette solide adaptation du classique de l’heroïc fantasy, Mapplethorpe sort de l’intime pour observer son pays, et même les femmes, grâce à son travail avec Lisa Lyon, la première championne de culturisme, à qui il consacre une expo en 1983.

L’atelier d’Alberto Giacometti

L’atelier d’Alberto Giacometti

Livre - L’arbalète/Gallimard

Jean Genet | 1958

De 1954 à 1958, Jean Genet (1910-1986) pose pour le célèbre sculpteur suisse (1901-1966). Sa réputation est alors faite (enfant de l’Assistance, fugueur et plusieurs fois incarcéré pour vol), son œuvre étant, pour l’essentiel, derrière lui ("Notre-Dame-des-Fleurs", "Les Bonnes", "Journal du voleur", etc.). Mais dans le récit de ces séances, sous forme de journal ou de dialogue entre les deux hommes, Genet le scandaleux, chantre des bas-fonds et d’une violente virilité homosexuelle, se livre surtout à une réflexion sur l’art. Et en cherchant à percer celui qui le scrute, il écrit un splendide autoportrait : « Il semble que cet artiste ait su écarter ce qui gênait son regard pour découvrir ce qui restera de l’homme quand les faux-semblants seront enlevés ». On se prend à imaginer Mapplethorpe chez Rodin...

Deux étudiants en art qui ont bifurqué vers une discipline qu’ils n’envisageaient pas. Rodin vise le dessin et la peinture aux futurs Arts déco jusqu’à ce qu’il pousse la porte de l’atelier des élèves sculpteurs et reste fasciné de voir pétrir la glaise. Et c’est seulement pour alimenter ses collages en images personnelles que Mapplethorpe achète son premier appareil. Pour chacun, ce hasard initial détermine un parcours, celui du sculpteur vers la légèreté, l’inachevé et la lumière ; celui du photographe vers la perfection technique et les formes épurées, incarnées par ses séries consacrées aux gros plans de fleurs.

Polaroids Mapplethorpe

Polaroids Mapplethorpe

Livre - Prestel

Sylvia Wolfe | 2013

En 1970, il achète son premier appareil. Mapplethorpe a déjà 24 ans et toujours pas la vocation. Il veut juste ajouter ses propres Polaroïd aux photos découpées dans les magazines avec lesquelles il crée des collages, inspirés des “boîtes surréalistes” et autres assemblages du sculpteur américain Joseph Cornell. Très vite, cependant, ses clichés auront leur propre vie et seront ses premières œuvres exposées, en 1973. Alors que sa liaison avec Patti Smith s’achève, il travaille sur sa découverte des milieux homosexuels new-yorkais. Semi-célébrités, autoportraits et scènes SM, son univers visuel se met en place.

Rodin, la chair, le marbre

Rodin, la chair, le marbre

Livre - Hazan

Catalogue de l’exposition du musée Rodin | 2012

Pour ses œuvres les plus célèbres, Rodin a surtout travaillé le plâtre (l’original des "Bourgeois de Calais") et le bronze ("Le penseur", "La porte de l’enfer"). Mais la liberté de forme qu’il a apportée à la sculpture touche aussi au matériau réputé le plus classique de la discipline. L’artiste exploite à fond les jeux de lumière quasi photographiques que permet le marbre (clairs-obscurs et reflets presque colorés), tout en lui appliquant des traitements alors révolutionnaires, comme le “non finito”, formes volontairement inachevées avec absence de polissage afin de laisser voir la matière et les traces du travail (personnages sans tête ou sortant d’un bloc laissé brut...).

Flowers

Flowers

Livre - Schirmer

| 2014

Après avoir débuté en photographiant au Polaroïd le New York remuant des années 70, Mapplethorpe n’a cessé d’évoluer, jusqu’à sa mort en 1989, vers la perfection technique mise au service de formes épurées. Converti à l’Hasselblad (la Rolls des appareils photo) et aux tirages platine (un procédé délicat et coûteux révélant toutes les nuances du noir et blanc, que pratiquait aussi Irving Penn), il finira même par s’échapper de ses clichés charbonneux de corps ambigus pour passer à la couleur et photographier... des fleurs. Une part méconnue de son œuvre, apaisée et superbe.

« Si j’étais né il y a cent ou deux cents ans, j’aurais été sculpteur, mais la photographie est une façon rapide de regarder, de créer une sculpture. » (Robert Mapplethorpe) ; «Mon Saint-Jean est représenté les deux pieds à terre [...] Ce modèle photographié présenterait l’aspect bizarre d’un homme tout à coup frappé de paralysie et pétrifié dans sa pose. » (Auguste Rodin). L’expo qui réunit les deux hommes est un fascinant dialogue entre deux artistes critiques des pratiques de l’autre, à un siècle de distance. Comme les réflexions de Jean Genet posant pour Giacometti, comme la vision de l’art de Rodin par le poète Rilke, comme la défense de Van Gogh par Antonin Artaud, ces regards croisés révèlent au visiteur la profonde originalité de ces deux artistes.

Joseph Cornell et les surréalistes à New York

Joseph Cornell et les surréalistes à New York

Livre - Hazan

Catalogue de l’exposition du Musée des Beaux,Arts de Lyon | 2013

Autodidacte remarqué par André Breton et sa bande surréaliste, le sculpteur new-yorkais Joseph Cornell (1903-1972), pionnier de l’assemblage d’objets trouvés sous forme de “boîtes”, eut une influence majeure sur les collages du jeune Mapplethorpe au cours de ses études au Pratt Institute, à New York. Rarement vu en France, le travail de Cornell, de 1930 à 1950, a été exposé à Lyon l’an dernier aux côtés d’œuvres de Salvador Dalí, Marcel Duchamp, Max Ernst et Man Ray, tous ayant vécu dans la mégapole américaine au cours de ces années-là.

Sur Rodin

Sur Rodin

Livre - André Versaille

Rainer Maria Rilke | 1906

Le poète pragois (1875-1921), auteur des célèbres Lettres à un jeune poète entre 1903 et 1908, a approché Rodin après avoir épousé l’une de ses anciennes élèves, la sculptrice allemande Clara Westhoff. Emigré en France, il sera son secrétaire particulier. Les deux hommes se brouillent, mais Rilke maintient son admiration dans ce bref et superbe essai. C’est lui aussi qui fera découvrir à Rodin l’hôtel Biron, près des Invalides, à Paris. Depuis sa confiscation par l’Etat aux religieux qui l’avaient occupée jusqu’en 1905, la bâtisse était louée en appartements, notamment à des artistes, dont Rilke, Matisse, la danseuse Isadora Duncan ou le jeune Jean Cocteau. Le sculpteur y installera son atelier, avant de le proposer à l’Etat en totalité à condition que l’hôtel devienne le musée Rodin.

L’atelier d’Alberto Giacometti

L’atelier d’Alberto Giacometti

Livre - L’arbalète/Gallimard

Jean Genet | 1958

De 1954 à 1958, Jean Genet (1910-1986) pose pour le célèbre sculpteur suisse (1901-1966). Sa réputation est alors faite (enfant de l’Assistance, fugueur et plusieurs fois incarcéré pour vol), son œuvre étant, pour l’essentiel, derrière lui ("Notre-Dame-des-Fleurs", "Les Bonnes", "Journal du voleur", etc.). Mais dans le récit de ces séances, sous forme de journal ou de dialogue entre les deux hommes, Genet le scandaleux, chantre des bas-fonds et d’une violente virilité homosexuelle, se livre surtout à une réflexion sur l’art. Et en cherchant à percer celui qui le scrute, il écrit un splendide autoportrait : « Il semble que cet artiste ait su écarter ce qui gênait son regard pour découvrir ce qui restera de l’homme quand les faux-semblants seront enlevés ». On se prend à imaginer Mapplethorpe chez Rodin...

Van Gogh, le suicidé de la société

Van Gogh, le suicidé de la société

Livre - L’imaginaire - Gallimard

Antonin Artaud | 1947

C’est l’autre “expo-télescopage” (entre les siècles et les disciplines) à voir jusqu’au 6 juillet au musée d’Orsay. La mise en regard des grandes toiles du maître néerlandais avec des textes d’Antonin Artaud (1896-1948) vole son titre à cet essai rédigé par l’écrivain français, après une visite à la rétrospective du musée de l’Orangerie, en 1947. Lui-même habitué des hôpitaux psychiatriques, l’auteur du Théâtre et son double sonde, d’un style rageur, les rapports entre la folie et le génie, hurlant sa haine à une société qui exclut les aliénés et ne reconnaît pas les visionnaires.

Sur Rodin

Sur Rodin

Livre - André Versaille

Rainer Maria Rilke | 1906

Le poète pragois (1875-1921), auteur des célèbres Lettres à un jeune poète entre 1903 et 1908, a approché Rodin après avoir épousé l’une de ses anciennes élèves, la sculptrice allemande Clara Westhoff. Emigré en France, il sera son secrétaire particulier. Les deux hommes se brouillent, mais Rilke maintient son admiration dans ce bref et superbe essai. C’est lui aussi qui fera découvrir à Rodin l’hôtel Biron, près des Invalides, à Paris. Depuis sa confiscation par l’Etat aux religieux qui l’avaient occupée jusqu’en 1905, la bâtisse était louée en appartements, notamment à des artistes, dont Rilke, Matisse, la danseuse Isadora Duncan ou le jeune Jean Cocteau. Le sculpteur y installera son atelier, avant de le proposer à l’Etat en totalité à condition que l’hôtel devienne le musée Rodin.

Just Kids

Just Kids

Livre - Folio

Patti Smith | 2010

Lorsqu’ils se rencontrent à l’été 1967, la future égérie punk et le pas encore photographe ne sont que des mômes ("just kids"). Ils ont 20 ans, vénèrent les poètes français et vivent d’expédients dans des squats ou au célèbre Chelsea Hotel, éternel refuge de la faune artistique new-yorkaise. En 1970, lorsque leur liaison prend fin, Patti Smith a tout juste commencé à se produire en public et Mappelthorpe vient d’acheter un Polaroïd. Leurs carrières démarrent, et ils ne se perdront jamais de vue. Patti Smith raconte, d’une belle plume remarquablement traduite, ces trois intenses années de formation, et trouve le ton juste pour dévoiler une intimité tumultueuse avec une grande pudeur.

Les enfants terribles

Les enfants terribles

Livre

Jean Cocteau | 1909

« Robert et moi étions comme "Les enfants terribles" de Cocteau », raconte Patti Smith. Comme Paul et Elisabeth, les personnages de l’écrivain français, Mapplethorpe et sa muse ont, en effet, imaginé leur monde et vécu leurs rêves en vase clos, artistes sans autre public que leur alter ego avant d’entamer les carrières que l’on connaît. Comme "Les fleurs du Mal" de Baudelaire, ce roman a joué un rôle capital dans leur initiation. Il renvoie aussi à l’époque où le jeune Jean Cocteau publiait ses premiers poèmes à compte d’auteur. Nous étions en 1909, il n’avait pas 20 ans et vivait à l’hôtel Biron, dont Rodin occupait le rez-de-chaussée...

Chelsea Walls

Chelsea Walls

Audio

Bande originale du film | 2002

Le film de Ethan Hawke, acteur et réalisateur, n’évite pas les clichés sur le Chelsea Hotel de New York, mais la bande originale de Jeff Tweedy, leader du groupe Wilco, est un sans-faute. Au lieu d’évoquer les musiciens qui hantèrent les lieux (Dylan, le Velvet, Patti Smith...), le héraut de “l’Americana” se promène entre classiques country ("When the Roses bloom again" en duo avec le Britannique Billy Bragg), reprises pop ("Jealous Guy" du New-Yorkais d’adoption, John Lennon, en compagnie de Jimmy Scott, chanteur de jazz à la voix d’enfant bien que né en 1925), et instrumentaux à la guitare électrique dignes du "Ry Cooder" de Paris, Texas. Au final, toute l’Amérique aura été convoquée entre les quatre murs du Chelsea Hotel.

Macadam Cowboy

Macadam Cowboy

Video

John Schlesinger | 1969

Une curiosité que cette épopée d’un cowboy texan, bâti comme un Apollon et cherchant à devenir gigolo à New York, classée X lorsqu’elle décrocha trois Oscars en 1970, dont celui du meilleur film. Ce n’est pourtant pas pour ses quelques scènes érotiques qu’il mérite d’être revu. Outre la performance de Dustin Hoffman dans le rôle du clochard Ratso, on repartira, avec délice, à la découverte du New York interlope de ces années-là, à des années-lumière de la ville aseptisée d’aujourd’hui. Pas étonnant que, selon Patti Smith, Mapplethorpe soit sorti d’une projection en criant au chef-d’œuvre.

Helmut Newton 1920-2004

Helmut Newton 1920-2004

Livre - RMN

Catalogue de l’exposition du Grand Palais | 2012

Le Grand Palais a la volonté d’accorder toute la place que mérite la photographie. Pas étonnant alors que, simultanément au musée Rodin, Robert Mapplethorpe soit exposé au Grand Palais (jusqu’au 13 juillet). Un investissement affirmé dès 2012 par la rétrospective consacrée à Helmut Newton, autre expert ès nus en noir et blanc, teintés de fétichisme. Venu de la mode, Newton a toujours réchauffé ses clichés sur papier glacé par la recherche d’une beauté animale, chez ses modèles inconnus comme chez les stars qui ont défilé devant son objectif : Liz Taylor, Ava Gardner, Catherine Deneuve, entre autres, et une armée de top models.

Carnet érotique Rodin

Carnet érotique Rodin

Livre - Chêne

Auguste Rodin, Norbert Wolf | 2008

Si l’érotisme est (très) directement présent dans l’œuvre de Mapplethorpe, dès ses premiers Polaroïds, il est beaucoup plus suggéré chez Rodin, époque oblige. D’où l’intérêt de ces dessins longtemps cachés dans “l’enfer” des collections, d’autant plus à l’aune de l’expo comparative entre les deux hommes, car le sculpteur ne se penche pas seulement sur le corps féminin. Les croquis du danseur et chorégraphe russe Nijinski (1889-1950), homosexuel, sont ainsi dignes des backrooms new-yorkaises. Certains qui les virent, à l’époque, en déduisirent que Rodin avait poussé sa recherche un poil plus loin...

Les fleurs du Mal

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Livre - Magnard

Charles Baudelaire | 1857

Les premiers punks new-yorkais vénéraient les poètes français : le groupe "Television" comptait ainsi Tom “Verlaine” au chant et, à la basse, Richard “Hell”, en hommage à Rimbaud ("Une saison en enfer"). Mapplethorpe et Patti Smith préféraient Charles Baudelaire (1821-1867). Sur la photo qu’il signe pour Horses, le premier album de la chanteuse en 1975, elle est en veste noire et chemise blanche, son “costume de Baudelaire”... A un siècle de distance, leur passion les relie à Rodin, grand lecteur des "Fleurs du Mal", et à l’une de ses œuvres majeures, "La porte de l’enfer" (1880), interprétée, à l’époque, comme une transposition de ce recueil qui fonde son esthétique sur la réalité la plus crue.

Conan le Barbare

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Video

John Milius | 1982

Dès 1970, Robert Mapplethorpe creuse son grand sujet : le corps. Masculin, bien sûr : vivant enfin son homosexualité, il explore en images la plastique et les pratiques des hommes. Et aussi le corps tout court, notamment au travers de sa fascination pour le culturisme. En 1976, il réalise un portrait d’Arnold Schwarzenegger, qui domine alors la discipline et qui vient de tourner le documentaire Pumping Iron, inscrivant le bodybuilding dans la culture populaire américaine. En scrutant ce corps-là, magnifié quelques années plus tard dans cette solide adaptation du classique de l’heroïc fantasy, Mapplethorpe sort de l’intime pour observer son pays, et même les femmes, grâce à son travail avec Lisa Lyon, la première championne de culturisme, à qui il consacre une expo en 1983.

L’atelier d’Alberto Giacometti

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Livre - L’arbalète/Gallimard

Jean Genet | 1958

De 1954 à 1958, Jean Genet (1910-1986) pose pour le célèbre sculpteur suisse (1901-1966). Sa réputation est alors faite (enfant de l’Assistance, fugueur et plusieurs fois incarcéré pour vol), son œuvre étant, pour l’essentiel, derrière lui ("Notre-Dame-des-Fleurs", "Les Bonnes", "Journal du voleur", etc.). Mais dans le récit de ces séances, sous forme de journal ou de dialogue entre les deux hommes, Genet le scandaleux, chantre des bas-fonds et d’une violente virilité homosexuelle, se livre surtout à une réflexion sur l’art. Et en cherchant à percer celui qui le scrute, il écrit un splendide autoportrait : « Il semble que cet artiste ait su écarter ce qui gênait son regard pour découvrir ce qui restera de l’homme quand les faux-semblants seront enlevés ». On se prend à imaginer Mapplethorpe chez Rodin...

Polaroids Mapplethorpe

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Livre - Prestel

Sylvia Wolfe | 2013

En 1970, il achète son premier appareil. Mapplethorpe a déjà 24 ans et toujours pas la vocation. Il veut juste ajouter ses propres Polaroïd aux photos découpées dans les magazines avec lesquelles il crée des collages, inspirés des “boîtes surréalistes” et autres assemblages du sculpteur américain Joseph Cornell. Très vite, cependant, ses clichés auront leur propre vie et seront ses premières œuvres exposées, en 1973. Alors que sa liaison avec Patti Smith s’achève, il travaille sur sa découverte des milieux homosexuels new-yorkais. Semi-célébrités, autoportraits et scènes SM, son univers visuel se met en place.

Rodin, la chair, le marbre

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Pour ses œuvres les plus célèbres, Rodin a surtout travaillé le plâtre (l’original des "Bourgeois de Calais") et le bronze ("Le penseur", "La porte de l’enfer"). Mais la liberté de forme qu’il a apportée à la sculpture touche aussi au matériau réputé le plus classique de la discipline. L’artiste exploite à fond les jeux de lumière quasi photographiques que permet le marbre (clairs-obscurs et reflets presque colorés), tout en lui appliquant des traitements alors révolutionnaires, comme le “non finito”, formes volontairement inachevées avec absence de polissage afin de laisser voir la matière et les traces du travail (personnages sans tête ou sortant d’un bloc laissé brut...).

Flowers

Flowers

Livre - Schirmer

| 2014

Après avoir débuté en photographiant au Polaroïd le New York remuant des années 70, Mapplethorpe n’a cessé d’évoluer, jusqu’à sa mort en 1989, vers la perfection technique mise au service de formes épurées. Converti à l’Hasselblad (la Rolls des appareils photo) et aux tirages platine (un procédé délicat et coûteux révélant toutes les nuances du noir et blanc, que pratiquait aussi Irving Penn), il finira même par s’échapper de ses clichés charbonneux de corps ambigus pour passer à la couleur et photographier... des fleurs. Une part méconnue de son œuvre, apaisée et superbe.

Joseph Cornell et les surréalistes à New York

Joseph Cornell et les surréalistes à New York

Livre - Hazan

Catalogue de l’exposition du Musée des Beaux,Arts de Lyon | 2013

Autodidacte remarqué par André Breton et sa bande surréaliste, le sculpteur new-yorkais Joseph Cornell (1903-1972), pionnier de l’assemblage d’objets trouvés sous forme de “boîtes”, eut une influence majeure sur les collages du jeune Mapplethorpe au cours de ses études au Pratt Institute, à New York. Rarement vu en France, le travail de Cornell, de 1930 à 1950, a été exposé à Lyon l’an dernier aux côtés d’œuvres de Salvador Dalí, Marcel Duchamp, Max Ernst et Man Ray, tous ayant vécu dans la mégapole américaine au cours de ces années-là.

Van Gogh, le suicidé de la société

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Livre - L’imaginaire - Gallimard

Antonin Artaud | 1947

C’est l’autre “expo-télescopage” (entre les siècles et les disciplines) à voir jusqu’au 6 juillet au musée d’Orsay. La mise en regard des grandes toiles du maître néerlandais avec des textes d’Antonin Artaud (1896-1948) vole son titre à cet essai rédigé par l’écrivain français, après une visite à la rétrospective du musée de l’Orangerie, en 1947. Lui-même habitué des hôpitaux psychiatriques, l’auteur du Théâtre et son double sonde, d’un style rageur, les rapports entre la folie et le génie, hurlant sa haine à une société qui exclut les aliénés et ne reconnaît pas les visionnaires.

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