"Mais vivre sans tendresse,...

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Roman

  Livre

 

Pascal Bruckner

Un bon fils

 

... on ne le pourrait pas." André Raimbourg, dit Bourvil (1917-1970)

"Etre adulte c'est avoir pardonné à ses parents." Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)

 Les premières pages du livre vous étonnent puis vous glacent... Pascal Bruckner, intellectuel, romancier et essayiste réputé, se livre, si je puis dire, tout cru et raconte sans pudeur dans une chronologie en vrac, ce qu'a été sa relation impossible avec son géniteur : baffes, coups, mépris inspirent l'ordinaire de la famille...

Des relations dignes du Triangle Dramatique : le Persécuteur, le père, la Victime, la mère et le Sauveur, Pascal. Chacun joue son rôle, souvent toujours le même.

Au début de la lecture, on est pris de pitié pour cet enfant martyrisé et la première de couverture et sa photo - pourquoi cette photo ? - montrent un homme souriant au côté d'un enfant non moins souriant, confiant. Les pages qui suivent contredisent l'impression. Ce devait être des confessions sur cette relation manquée, ça devient une psychanalyse des rapports père-fils. Sans s'en apercevoir, Pascal Bruckner raconte comment il s'est construit. Il avoue "penser mieux contre lui" jusqu'à la haine. Et il possède une justification intellectuelle en or, sorte d'excuse, son père est admirateur du Grand Reich et antisémite incorrigible. Avec ce portrait, qui l'aurait aimé ? Pascal Bruckner ne reçoit pas de tendresse et tout ce qu'il raconte par la suite se mesure à l'aune de ce manque à tel point que lui non plus ne semble pas en capacité d'en émettre. Il fait part de ses admirations: par exemple, celle pour Bloch, déçue par l'emprise de sa femme qui réclame d'utiliser les patins à l'entrée. Et s'il admire Barthes, sans manquer d'en suggérer les moeurs, il tire à boulets rouges contre ses courtisans. Ce faisant, Pascal Bruckner semble reproduire à l'identique les traits de caractère paternels, il est rageur. D'ailleurs, ce père ne manque pas de lui faire remarquer la ressemblance.

Dans une écriture fluide et musicale, Pascal Bruckner est courageux de s'être livré ainsi sans retenue - ce qui est regrettable. Tout est dit comme s'il voulait montrer que, s'il avait atteint la notoriété, il ne le devait surtout pas à ce père mais plutôt à cette construction contre lui. Est-ce si sûr ? Ne lui suggère-t-il pas de se suicider ? A la fin, dit-il, il n'avait plus la force de le haïr, "par fatigue". Ecrit-on cela ? Un sentiment pouvant en cacher un autre, on retient davantage l'enfant malheureux que l'adulte venimeux.

Le 23 juin 2014, Pascal Bruckner, a reçu le prix Marcel Pagnol et nous nous interrogeons. Qu'y-a-t-il de commun, humainement parlant, entre l'auteur de la trilogie et celui du contre-titre Un bon fils. On entend Marius dire à César : "je t'aime bien, tu sais" et le père de répondre : " mais, moi aussi...Bonsoir, mon fils ". Tous les pères ne se ressemblent pas, les fils non plus.

Alain Dagnez.

 

 

Et pour en savoir un peu plus, un entretien avec l'auteur...

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Publié le: Vendredi, 05 Décembre 2014